L’Emprise, un téléfilm poignant qui ne vous laissera pas de glace

Le tournage du téléfilm évènement de l’année 2015 de TF1, l’Emprise, devrait bientôt prendre fin

Untitled4

On vous en parlait déjà il y a quelques semaines, Léonis Productions, du groupe Endemol, a choisi d’adapter Acquittée, le récit d’Alexandra Lange, qui a eu le courage de livrer au monde son histoire pour, comme elle le dit si bien, que cela ne se reproduise plus. L’histoire cette femme, qui, battue par son mari pendant plus de dix ans, n’eut d’autre choix, une nuit de juin 2009, que de le tuer en tentant de se défendre. Elle fut la première femme à avoir été acquittée pour ce genre d’affaire, par la Cour d’assises de Douai, le 23 mars 2012.

Ce téléfilm, l’Emprise, dont le tournage (qui se déroule en Belgique et dans le Nord de la France) touche à sa fin, réunit notamment Odile Vuillemin (Alexandra Lange), Fred Testot (Marcelino, le mari violent), Marc Lavoine (le Procureur Luc Frémiot), Micky Sebastian (la juge Schneider), et est réalisé par Claude Michel Rome.

Un téléfilm qu’il ne faudra pas rater, et qui ne laissera les téléspectateurs ni indifférents ni intacts.

Vous devez vous demander comment on peut juger de la qualité de cette production avant même la fin du tournage ? Tout simplement parce que les premières images ont été dévoilées par TF1 lors du Festival de la Fiction TV de La Rochelle le 11 septembre dernier.

Ces quelques secondes étaient remplies d’images poignantes de réalisme, dont la justesse et la perfection du jeu des acteurs sont impressionnantes. On s’attendait déjà, à la vue du casting, à un téléfilm de grande qualité, mais cette projection va bien au delà de nos espérances. On y sent toute la passion, le cœur et l’implication mis dans ce tournage par les acteurs, ainsi que toute l’équipe technique, afin de nous offrir une adaptation au plus proche du récit d’Alexandra Lange.

Un téléfilm dont la diffusion (le 26 janvier à 20h55 sur TF1) sera à coup sûr un grand moment d’émotions à ne surtout pas manquer.

Une très belle initiative de Léonis Productions, pôle fiction du groupe Endemol, dirigé depuis septembre 2012 par Jean-Benoît Gillig, qui prend le risque de mettre en avant un sujet très sensible et encore très tabou en France, qu’est celui des violences domestiques.

Nous espérons vraiment que l’Emprise sera l’occasion de mettre ce problème de société sur le devant de la scène, afin de relancer le débat sur le manque d’accompagnement et de soutien actuellement offerts à ces femmes, ces hommes (parce que la problème des violences domestiques touche aussi les hommes) mais aussi ces enfants victimes de violences et démunis face à la peur, à l’abandon et la difficulté des rouages légaux d’aide et d’accompagnement.

Relancer bien entendu le débat sur la réforme du mécanisme de légitime défense existant en droit positif, qui ne permet pas de prendre en compte, compte tenu des strictes conditions d’application, cette hypothèse particulière d’une défense non proportionnelle, qui fait suite à des années de violences répétées. En effet, aujourd’hui, en France, pour que la légitime défense soit retenue, il faut réunir 3 conditions cumulatives que sont : une agression, un acte de riposte soit commandé par la nécessité de défendre sa vie ou celle d’autrui, et une proportionnalité entre ces deux actes. Cette situation de riposte non proportionnelle faisant suite à des violences répétées pourrait être prise en compte avec l’introduction de ce que l’on appelle la « présomption de légitime défense », qui existe déjà au Canada depuis 1990 et le célèbre arrêt Lavallée.

Alors qu’entend on par « présomption de légitime défense » ? En matière d’homicides conjugaux, cette technique permet de prendre en compte la réaction particulière du conjoint face à une agression dans ce contexte particulier de violences domestiques. Cette présomption permet ce que l’on appelle un renversement de la charge de la preuve. C’est à dire qu’en matière de présomption de légitime défense, la victime de l’agression ayant riposté n’aurait plus à prouver que les conditions de l’article 122-5 du Code pénal sont bien réunies.

La Cour suprême du Canada a tenu compte en 1990 de ce que l’on appelle le « syndrome de la femme battue », qui se caractérise par un contexte de violences conjugales dans lequel la femme développe, à cause des violences répétées et l’emprise appliquée par son conjoint sur une longue période, un état post-traumatique, qui induit une peur constante pour sa vie. La réaction de ces femmes est alors celle de se défendre contre son conjoint, par tous moyens, avant que celui ci ne les tue. Les conditions d’application sont donc bien différentes de celles de l’article 122-5 du Code pénal, et bien plus souples à l’égard de l’exigence de proportionnalité.

Présomption qui bien entendu devrait venir englober non seulement le « syndrome de la femme battue » mais plus largement le « syndrome de la personne battue ».

Mais au delà de la défense de ces personnes battues n’ayant d’autre choix, pour s’en sortir, que d’en arriver à ces solutions extrêmes, le calvaire qu’a vécu Alexandra Lange et tant d’autres, mis ici en images par Léonis Productions et TF1, devrait également permettre, on l’espère, de poser la question du manque d’aides et de structures à offrir à ces personnes victimes de violences domestiques, délaissées le plus souvent par les services sociaux et les forces de l’ordre, qui ne sont pas suffisamment adaptés pour répondre à leurs besoins de protection, de soutien et d’aide à leur reconstruction.

Mais en attendant la diffusion de ce téléfilm événement, nous ne pouvons que vous conseiller de lire le récit original d’Alexandra LangeAcquittée, disponible aux éditions Michel Lafon :

http://livre.fnac.com/a4359652/Alexandra-Lange-Acquittee

05.12-alexandra-lange-930x620

(Sources et crédits : Léonis Productions, TF1, Editions Michel Lafon)

Publicités