Interview de Juliette Roudet, Adèle Delettre dans Profilage

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J’ai eu l’immense plaisir, il y a quelques jours, de pouvoir poser quelques questions à Juliette Roudet, qui interprète le personnage d’Adèle Delettre dans Profilage (que l’on vous présentait déjà ici).

Vous avez pu découvrir Adèle en fin de saison 4, dans les épisodes 11 et 12. Rappelez vous cette jeune criminologue, agoraphobe, venue prêter main forte à l’équipe, et décidant d’accepter l’aide de Chloé, afin de faire face à ses tourments.

Avant le début de la diffusion de la saison 5, Juliette a eu la gentillesse d’accepter de répondre à quelques questions sur son parcours, ses projets, et bien sûr ce personnage d’Adèle, qui prend, dans cette nouvelle saison, une place importante.

Je tiens avant tout à dire un grand MERCI à Juliette pour sa disponibilité, sa gentillesse et sa générosité. Et je vous laisse apprécier ce qu’elle a pu me confier.

Fictions en Séries : Ces dernières années, on a pu vous voir au cinéma, à la télévision et au théâtre, mais à l’origine, vous êtes danseuse professionnelle. Qu’est ce qui vous a poussé à devenir comédienne ? 

Juliette Roudet : C’est le résultat de rencontres, comme souvent dans ce métier, qui orientent les choix ou les désirs.

C’est vraiment tout bête, je passais une audition avec Jacques Weber, qui montait Cyrano de Bergerac à l’époque, et qui travaillait          avec une chorégraphe pour insérer de la danse dans son projet. Comme on était deux danseuses, et qu’il n’arrivait pas à nous départager, il nous a donné des textes.

Il m’a donné le texte de Roxane, la grande scène avec Cyrano, on l’a lue tous les deux, et il m’a dit « je pense qu’il faut que l’on parle ». J’étais très impressionnée, c’était quand même Jacques Weber !! il m’a alors dit « je sais que tu es danseuse, mais si le théâtre t’intéresse, je suis prêt à te donner un coup de main. Je pense qu’il faut absolument qu’il y ait des gens comme toi dans notre métier… ».

C’est venu comme ça, je suis rentrée au Cours Florent, puis j’ai passé le concours d’entrée au Conservatoire.

Avec cette rencontre, ce grand monsieur, qui est d’une immense générosité avec les jeunes acteurs, je suis devenue comédienne. J’ai rencontré d’autres personnes comme lui par la suite, notamment au Conservatoire, des professeurs qui sont passionnés par ce que c’est d’avoir 20 ans et être acteur, ne pas encore tout savoir, avoir plein de fragilités, et faire en sorte qu’elles deviennent des forces.

Mais c’est ce grand monsieur qu’est Jacques Weber m’a ouvert la porte, j’ai ensuite fait mes preuves. Voilà comment s’est venu.

FeS : Vous avez intégrée le casting de Profilage en fin de saison 4, comment s’est déroulée votre intégration dans cette équipe déjà construite ?

J.R. : Vous avez à peu près tout dit. L’équipe était déjà construite, je suis arrivée au milieu de tout cela et ce n’était pas facile.

Je pense que ce n’était pas facile pour eux non plus, parce qu’il fallait intégrer quelqu’un de nouveau. Comme ils tournent toute l’année ensemble, ils ont, comme tous les groupes, des petites manies, des manières de se parler… Tout un ensemble de règles qui régissent la vie de cette équipe et qu’il fallait apprendre à connaître.

Les créatrices, Fanny Robert et Sophie Lebarbier, ont fait un travail avec moi qui était incroyable. Elles SONT incroyables. Elles ont tout fait pour que mon intégration se passe bien.

Pendant le travail de préparation, elles étaient là quand j’avais des doutes, pour m’écouter, m’aider, me donner des pistes, même si au final elles ont toujours raison, parce qu’elles savent, Profilage c’est leur bébé.

Quand je me questionnais sur certaines choses, elles prenaient le temps d’écouter, de venir sur mon terrain. Ce qui fait que je me suis sentie, avec elles, en famille.

Après, il y a eu le temps du tournage, qui est un temps où tout va vite, où il faut être là tout de suite. Ce qui, au début, était un peu plus compliqué.

Mais l’équipe technique et les autres acteurs m’ont soutenue. Philippe (Bas), par exemple, a tout fait pour que je me sente bien, il m’a rassuré, m’a écouté. Il a su faire en sorte que je sois bien, que je m’intègre. Il venait me voir, dans ma loge, en me disant « c’est super comme tu l’as fait »…

 Je voulais que ce personnage soit bien, qu’il soit fort, fragile, dangereux et en même temps touchant. C’est un personnage complexe.

Je savais que Fanny et Sophie avaient beaucoup d’attentes, qu’elles y mettaient beaucoup, dans l’écriture notamment, et j’avais vraiment à cœur de leur donner ce à quoi elles rêvaient.

Des personnes comme elles et Philippe ont fait que ce personnage puisse naitre de manière sereine, en tout cas le plus possible, car un tournage n’est jamais totalement serein.

L’intégration se fait toujours en gagnant la confiance de ses partenaires, parce que le tournage se fait tous ensemble, les choses se font alors naturellement. Mais j’avais tout à prouver  et pas eux, donc c’était plus compliqué, et si quelqu’un vous dit l’inverse un jour, ce n’est pas vrai !

FeS : N’avez vous pas ressentie une pression supplémentaire en intégrant le casting d’une des séries phares de TF1 ?

J.R. : En fait, je n’ai pas la télévision, donc avant que Sophie et Fanny ne m’appellent, je n’avais jamais regardé Profilage, je ne savais pas ce que c’était.

J’étais un peu protégée de cela. J’ai toujours eu une certaine pression mais elle ne se situe pas à ce niveau. Elle est, et elle a toujours été, que l’on croit en ce personnage, que l’on s’y attache, qu’il soit fort, et que l’histoire que l’on raconte le soit le mieux possible.

C’est cela ma pression.

Je sais que la série connaît un certain succès, et j’en suis très contente, mais la pression s’exerce sur le travail. Je pense que si mon travail d’actrice est bon, que l’écriture est bonne, que les réalisateurs ont la bonne idée…si tout cela est bien, alors les choses sont de qualité. C’est ce à quoi on doit penser, parce que nous faisons les films, tous ensemble. Et quand on fait une chose de qualité, généralement, les gens regardent et trouvent cela bien.

C’est en ce travail individuel et collectif que je crois, c’est ce qui important.

FeS : Le personnage d’Adèle est votre premier rôle récurrent à la télévision. Comment avez vous abordé ce personnage, qui apparaît à la fois complexe et torturé ?

 J.R. : D’abord, Fanny et Sophie m’ont beaucoup parlé, de ce qu’elles savaient et de ce qu’elles ne savaient pas sur Adèle (même si elles le savent). Mais il y a toujours une part de mystère, je n’ai pas encore toutes les clés.

Elles m’ont donné des choses à lire, à regarder, des inspirations. On a créé ce que l’on appelle un portfolio d’Adèle. On y a mis des images, des livres… des échanges que j’adore faire pour construire un personnage, en quelque sorte une boite à outils d’Adèle.

Avec le réalisateur des deux premiers épisodes (de la saison 5), Julien Despaux, on a vraiment travaillé sur le personnage.

Ainsi, Adèle que l’on connaît un peu en fin de saison 4, comme ayant été enlevée avec sa sœur, qui a réussi à échapper à son ravisseur, mais sans sa jumelle, décide de tourner la page, elle décide de sortir de son milieu clos et d’aller vers le monde extérieur.

Au début de la saison 5, elle rentre de manière particulière dans ce « monde » qui lui est étranger.

Il fallait alors réussir à montrer le fait qu’elle a envie de cette nouvelle vie, qu’elle veut être avec les autres, pour se faire des amis, mais aussi pour aider cette équipe, prouver qu’elle a envie d’être avec eux, mais tout cela, à cause de son passé, ne fonctionne pas vraiment.

C’est un apprentissage pour elle, vivre avec les autres, leur parler, savoir aimer…. C’est comme un enfant blessé, elle a un côté très noir, et en même temps elle a ce désir d’aller vers quelque chose de plus lumineux.

La saison 5 est, pour moi, le début de cet apprentissage, mais en même temps, Adèle va être confrontée à des bouts de son passé, certaines choses ressurgissent, des lieux, des souvenirs…

Sur sa route, elle rencontre quelqu’un, et ce quelqu’un c’est Chloé, qui lui tend la main. Sauf qu’elle ne peut pas la prendre comme tout le monde le ferait, puisqu’elle ne sait pas le faire. C’est l’apprentissage de tout.

Il fallait pour transcrire cette complexité, un personnage, à la fois fort (Adèle est toujours en tension), et fragile. Il fallait réussir à la rendre détestable, mais aussi émouvante. C’est une personne qui n’arrive pas à dire aux gens qu’elle les aime, qui voudrait être avec eux, faire partie de leur vie, leur club, sauf qu’elle ne sait pas le faire.

FeS : C’est un personnage comparable à Chloé à ses débuts, de façon différente bien sûr, mais le problème d’inadaptation au monde extérieur est au fond le même…

J.R. : Oui d’ailleurs Chloé dit à plusieurs reprises dans la saison 5 « laissez lui du temps ». Je crois qu’il y a une proximité entre ces deux personnages, parce que Chloé reconnaît quelque chose, pas de sa propre histoire, mais son propre désarroi face à la vie normale, la difficulté ressentie lors de sa propre intégration.

En fin de compte, elles se comprennent sans même avoir besoin de se parler.

FeS : Fanny Robert et Sophie Lebarbier ont confié que votre personnage d’Adèle prend une place très importante dans la saison 5, ce qui a poussé certaines personnes à penser que cette nouvelle criminologue est introduite pour, à terme, remplacer Chloé. Que pouvez vous nous dire là dessus ?

J.R. : Je ne peux pas vraiment répondre à cela, seules Fanny et Sophie le pourraient, mais je ne crois pas.

De mon point de vue, elles avaient juste envie d’un nouveau personnage. Ce personnage est né, c’est elles qui ont décidé de l’amener. Elles sont créatrices d’une série, qui compte déjà 4 saisons, c’est un ensemble de règles qui font qu’à un moment il y a besoin de soupape, de respiration, de nouveau.

Adèle est cela.

C’est également et surtout une rencontre forte entre nous trois. J’ai eu envie de travailler avec Fanny et Sophie, parce que je trouve que ce qu’elles proposent est quelque chose de rare pour un acteur.

Je ne pense pas qu’elles aient créé Adèle pour remplacer Chloé, qui est irremplaçable. Comme le sont tous les personnages forts de séries ou de films.

D’ailleurs, dans la saison 5, les deux personnages coexistent, et il n’y en a pas un qui remplace l’autre.

 FeS : Pour terminer, pouvez vous nous dire quels sont vos autres projets pour l’année à venir ?

J.R. : J’ai deux projets pour cette année, qui sont très différents.

Je travaille tout d’abord avec un chorégraphe, avec qui je voulais travailler depuis des années, qui s’appelle Pierre Rigal, sur sa nouvelle création : « Peut être Œdipe ». On commence les répétitions de cette comédie musicale contemporaine à Toulouse, après le festival de La Rochelle.

Et je suis aussi sur un projet à moi, après ma première création « Crush ». C’est le tout début de la préparation d’un second spectacle qui s’appellera « Disparition » et qui mêlera, comme mon premier spectacle et pour rester fidèle à mes obsessions, le théâtre, la danse et la musique.

 Propos recueillis le 5 septembre 2014.

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